La teigne

1- Définition

Le grand mot est lâché ! Une curieuse confusion dans l'esprit de beaucoup de personnes en fait frémir plus d'un à l'énoncé du diagnostic : la teigne !

Dédramatisons.... et ne confondons pas avec la peste et le choléra !!!

La teigne est une mycose cutanée bénigne, due à un champignon microscopique, le Trichophyton Mentagrophytes. C'est la zoonose la plus fréquente. (Il peut également être contaminer par le Microsporum canis, transmis par le chat ou par le chien mais c'est beaucoup plus rare.)

Ces mycoses (appelées aussi dermatophyties) sont des affections fongiques superficielles qui restent localisées à la couche cornée de la peau.

Ces dermatophytes sont des champignons filamenteux qui présentent une affinité particulière pour la kératine (poils, cheveux et ongles).

Le genre Trichophyton est caractérisé par des spores à paroi mince et lisse, à bouts arrondis.


2 - Pathogénie

La teigne est considérée comme une maladie auto-limitante chez la plupart des animaux en bonne santé. Mais la vraie raison de traiter cette mycose provient de la contagiosité de cette affection cutanée, tant aux autres animaux qu'aux humains.

On estime que 20% des cas de teigne humaine ont une origine animale.

Mais ce champignon peut être présent à peu près partout dans la nature et vous-même pouvez le ramener à la maison lors d'une promenade dans les prés ou lors d'une caresse à un chat du voisinage.

Elle se transmet à l'homme par contact direct avec un animal parasité ou indirect (nettoyage de la cage par exemple). De plus, les animaux, comme les hommes, peuvent être "porteurs asymptomatiques", c'est-à-dire être porteurs de cette affection sans pour autant la déclarer ; ils servent de réservoir, sans démontrer aucune lésion.


La teigne n'est pas une maladie grave pour l'homme mais elle est irritante et disgracieuse

Chez le chinchilla, les lésions sont diverses : on peut constater des dépilations circulaires, ou presque, écailleuses, de gravité variable sur tout le corps, mais généralement la teigne se déclare principalement autour du nez, des yeux, à la base des oreilles ; l'animal contamine ses pattes avant en frottant son nez et parfois ses organes génitaux en pratiquant la coprophagie, c'est-à-dire en prenant ses déjections directement à l'anus afin de les consommer (comportement tout à fait normal !)

Il existe 2 phases dans la progression de la maladie :

a) Le champignon rentre dans la gaine du poil et l'affaiblit, ce qui rend le follicule pileux fragile et cassable : La dépilation

b) Au cours de la croissance du champignon dans la gaine pileuse des produits de son métabolisme sont rejetés (toxines) et atteignent l'irrigation sanguine du derme. Elle provoque une réaction inflammatoire qui lutte contre la croissance du parasite. On peut alors observé une desquamation. La peau est rouge et écailleuse.

En cas de réaction allergique on pourra observer une inflammation avec oedème, suppuration et nécrose.

Les jeunes chinchillas sont plus sensibles que les adultes aux affections fongiques ; cela est dû à des différences de structure et de physiologie cutanées intervenant selon l'âge, telles que des différences nutritionnelles, immunologiques et hormonales. (Une carence en vitamines A : rend la peau plus fragile par exemple).

La durée d'incubation de l'affection est de 3 à 4 semaines, il est donc préconisé de prévoir une période de quarantaine pour tout nouvel arrivant.


3- Traitement (à titre indicatif. Demandez conseil à votre vétérinaire)

EVITEZ LA DESSIMINATION

1. Isolez les malades

2. Soignez les malades :

  • Traitements topiques (locaux) : Ils sont généralement administrés sous forme de trempettes à base d'une solution antimycosique imidazolée (principe actif Enilconazole) Celles-ci permettent un traitement de toute la surface corporelle et sont les plus intéressantes quant à leur capacité à diminuer la contagion.

Pourtant, baigner un chinchilla n'est pas vraiment conseillé ! un chinchilla trempé est très difficile à sécher et le remède peut faire plus de mal que de bien.
Cette solution peut être également pulvérisée sur le corps, en évitant les muqueuses. Ces méthodes auront pour résultat l'obtention d'une fourrure tout à fait poisseuse pour une bonne semaine.
Je conseille donc l'utilisation de ce produit uniquement en cas de crise grave, si les lésions recouvrent une partie importante du corps ; de plus ces produits sont fort coûteux et le traitement est un peu traumatisant...

Quand les lésions sont limitées, on peut plus simplement et tout aussi efficacement utiliser des produits pharmaceutiques imidazolés (toujours à base d'Enilconazole) soit en spray, en lotion, en pommade ou en poudre, et les appliquer deux fois par jour sur les parties dépilées en débordant largement, pendant environ une semaine. Généralement, les résultats sont tout à fait satisfaisants.

Il faut citer aussi l'action parfois suffisante des huiles essentielles : Trichophyton n'aime pas du tout l'huile essentielle de pépins de pamplemousse! Vous pouvez également trouver en magasin de produits "bio" des spray dont l'efficacité a déjà été prouvée (citons par exemple "Mycosoff", produit totalement naturel ).
Il est bon de commencer à traiter dès les premiers symptômes : plus vous tarderez, plus la guérison sera longue.

  • Traitements systémiques (oraux) : ils consistent à administrer oralement des agents antifongiques, principalement à base de griséofulvine, médicalement fongistatique ; Cependant notre ami chinchilla étant très fragile du foie et des intestins, je vous déconseille vivement ce traitement oral sauf si celui-ci est administré par une vétérinaire compétent et intéressé par ce qu'il fait (intéressé du point de vue intellectuel et non financier, bien sûr...) Toutefois, ce traitement antibiotique est fortement déconseillé pour les femelles gestantes.

Pour la posologie, suivez les indications de votre vétérinaire plutôt que "Pierre, Paul, Jacques", n'oubliez pas qu'un antibiotique n'est pas un produit anodin !

3. Traitez préventivement :

  • Maintenez un taux d'humidité et une chaleur réduits dans la pièce, car les mycoses raffolent de ces deux facteurs.
  • L'ajout de soufre dans la terre à bain est une excellente solution qui a fait ses preuves depuis plus de quarante ans.

Il faut utiliser du soufre micronisé ou trituré ; la dose pour traiter la terre à bain est d'une cuillerée à café rase pour 500 grs de terre en cas d'infestation, ou d'une demi-cuillerée à café pour 500 grs en prévention.
Attention à bien mélanger le soufre à la terre à bain et à ne pas laisser de grumeaux.

  • N'oubliez pas qu'un chinchilla affaibli est bien plus sujet aux mycoses (mauvaise alimentation, fatigue des femelles, blessures sont autant de situations favorables à une attaque de trichophyton.)

4. Décontamination des locaux et du matériel.

  • Inutile de vous ruer sur vos bidons d'Eau de Javel ! Celle-ci est bactéricide et non fongicide. Si votre cage est en plastique, vous ne pourrez pas utiliser la méthode du passage à la flamme qui est de loin la plus efficace. Il vous faudra alors vous munir d'un produit fongicide. Il en existe de nombreux pour la désinfection des locaux d'élevage (veaux, vaches, cochons, couvées ou...chevaux) : personnellement, j'utilise du Saniterpen.


 ÉVITEZ VOTRE CONTAMINATION

  • Portez des gants jetables pendant les soins aux animaux.
  • Lavez soigneusement vos mains avec un savon fongistatique avant de toucher quoi que ce soit (attendez si votre nez vous démange...) et n'oubliez pas que vos vêtements peuvent également servir de réservoir à notre cher